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Économie de la fonctionnalité : les grandes entreprises s’y mettent aussi

Depuis dix ans, de plus en plus d’entreprises s’engagent sur la voie de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC). Mais jusqu’à présent, peu de grands groupes s’étaient lancés. Les choses pourraient changer grâce à un parcours dédié, lancé l’an dernier par l’ADEME.


L’économie de la fonctionnalité et de la coopération n’est pas un nouveau concept en France. Par exemple, « cela fait déjà plus de dix ans que le concept se déploie dans les Hauts-de-France, dans le cadre notamment de la dynamique collective REV3 qui vise à faire de la région l’une des plus avancées en matière de transition énergétique et numérique », indique Vincent Dargenne, animateur national EFC à l’ADEME.

L’ADEME a publié son premier avis sur le sujet en 2017. Elle s’emploie, depuis, à accompagner les entreprises dans leur transition vers l’économie de la fonctionnalité. Des trajectoires au long cours car, autant le dire d’emblée, sortir du modèle d’entreprise classique n’est pas une mince affaire. Il ne s’agit pas uniquement de remplacer un modèle économique par un autre, mais de transformer le modèle global de l’entreprise (gouvernance, production, etc.) pour créer de la valeur tout en réduisant les volumes de biens et de services produits. 

Un parcours, six industriels

L’an dernier, l’ADEME a franchi un nouveau cap en élaborant un parcours dédié aux grandes entreprises. « On nous disait que c’était compliqué, alors nous l’avons fait », sourit Vincent Dargenne. L’objectif : embarquer six grands groupes – Suez, BASF, Carrefour, Engie, Bouygues Construction et Bouygues Télécom – dans un programme collectif de 18 mois. Au terme de ce programme, ils devront avoir conçu une première offre selon les attendus de l’EFC et, si possible, avoir lancé l’expérimentation de cette offre.

Casser les silos

Le parcours repose sur des temps collectifs, permettant aux équipes projets de ces entreprises de partager leurs expériences et ressentis, et sur des temps individuels, mensuels, « pendant lesquels des consultants experts challengent le périmètre des expérimentations. Il s’agit notamment de casser les silos qui existent dans toutes ces grandes organisations et qui pèsent sur les dynamiques de changement, poursuit Vincent Dargenne. Un projet EFC se construit sur une succession d’intuitions, de tests, d’échecs parfois, mais toujours en coopérant avec ses parties prenantes. Il faut être capable de se remettre en question en permanence, ce qui n’a rien d’évident dans des groupes de plus de 100 000 collaborateurs, où l’inertie est très forte. » Pourtant, à moins de six mois de la fin du parcours, les bilans sont plutôt encourageants. Le programme a donné des projets bien avancés sur les changements de comportement face aux écrans et la consommation de data chez Bouygues Telecom, sur des chaudières collectives pour la rénovation des bâtiments chez Engie, ou sur des services destinés à réduire les volumes de déchets à la source chez Suez. 

Un nouveau parcours sera proposé en mars 2024, avec six autres organisations. « Nous lancerons également une communauté rassemblant tous les participants au programme, précise Vincent Dargenne. Ils pourront ainsi consolider collectivement leurs apprentissages pour franchir de nouveaux caps sur la route de l’EFC, en particulier en matière de coopération avec les acteurs de leurs écosystèmes sectoriel et territorial. »

Économie de la fonctionnalité et de la coopération : de quoi parle-t-on ?

Selon l’ADEME, l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC) consiste à « transformer progressivement les activités des entreprises et des collectivités, pour créer de la valeur par le développement de solutions centrées sur les besoins réels des usagers, répondant aux enjeux sociaux et écologiques des territoires, et non par la production en volume de biens et de services ».